Le Formindep a été sollicité par l’Association Mieux Prescrire, éditrice de la revue Prescrire, pour animer un atelier à l’occasion de ces Deuxièmes Rencontres le 31 mai 2008 à Rennes.
Cet atelier avait pour thème : " Application de la loi sur la transparence de l’information médicale : déclarer en pratique ses liens d’intérêts ". Il a réuni une trentaine de participants, professionnels de santé, étudiants, mais aussi représentants d’association d’usagers de soins.
Le diaporama qui a servi de support à cette intervention est téléchargeable ici.
Les firmes pharmaceutiques s’engagent de plus en plus dans ce qu’elles présentent comme un engagement éthique au service des patients et de leur entourage .
Ainsi on peut lire sur le site Age Village à propos du "Manifeste de proximologie" écrit par Hugues JOUBLIN : "La proximologie est la démarche de recherche dans laquelle s’est engagé Novartis , sous l’impulsion d’Hugues Joublin, directeur exécutif du groupe, en France ,avec la participation d’experts des sciences humaines et sociales. Le but est d’approfondir la connaissance de la « relation d’exception entre la personne malade et son entourage » et de contribuer à éviter le risque de désengagement qui pèse sur notre cohésion sociale. Avec son manifeste de proximologie « Réinventer la solidarité de proximité » Hugues Joublin appelle à comprendre, valoriser et aider lesproches des personnes malades ou dépendantes. "
La firme Novartis développe des outils de communication à destination des utilisateurs de soins et des professionnels de santé, investit dans des enquêtes importantes dont les thèmes recouvrent les domaines des intérêts commerciaux de l’entreprise. Ainsi à la page « Etudes de proximologie » du site proximologie.com de Novartis Pharma, on retient les travaux réalisés ou en cours :
L’investissement éthique de la firme Novartis à travers la proximologie se limite au périmètre de prescription de ses produits. Il est donc licite de considérer cette action comme plus proche du marketing [1] que de l’éthique où de la compassion, et elle s’inscrit dans la stratégie de communication des firmes.
Une étude du groupe Eurostaf [2] sur la communication grand public des firmes pharmaceutiques met en évidence les nouvelles tendances marketing qui considèrent le patient comme une cible marketing à part entière, qui doit à ce titre être touché par la communication des firmes pharmaceutiques. La législation actuelle rend difficile un tel objectif et des stratégies de contournement de la réglementation sont mises en place. Parmi celles-ci, l’étude d’Eurostaf identifie : les campagnes pathologies, des partenariats avec les associations de patients, du marketing de services sur une pathologie en particulier, le développement de sites internet destinés à informer sur une maladie, etc. Nous pourrions rajouter la communication « éthique », avec le site de proximologie de Novartis et le soutien aux institutions…
Bien sûr, on pourra opposer que rien n’empêche le directeur de la communication d’une firme pharmaceutique de s’intéresser, peut-être même de façon sincère, à la question des relations entre les malades et leurs proches [3]. Mais ne perdons pas de vue qu’une firme pharmaceutique a comme premier intérêt le développement et le profit dont elle doit rendre compte à ses actionnaires. L’engagement financier significatif de Novartis dans la réflexion sur la solidarité de proximité n’est pas réalisé sans attente d’un retour sur investissement ; il a pour objectif la croissance des volumes de vente dans les domaines de son engagement. Il s’arrêtera quand les intérêts financiers de Novartis seront en jeu.
Novartis par son engagement se présente comme partenaire de soins, il investit le champ de la relation au malade et à son entourage. L’éthique médicale présuppose que la personne malade est sujet et non pas objet de soin, que le soignant doit avoir comme premier intérêt le soin de la personne malade. Le premier intérêt d’une firme pharmaceutique est son développement propre et c’est pour cela qu’il ne peut être partenaire de soins. Le conflit d’intérêt est ici majeur.
L’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris et son Espace Ethique, le Département de recherche en éthique de l’Université Paris-Sud 11, entretiennent des liens étroits avec la fondation Novartis, et avec le directeur de la communication de Novartis :
Il est surprenant qu’une institution chargée d’explorer et d’enseigner l’éthique médicale ne s’interroge pas sur l’ambiguïté de son soutien à la démarche marketing de la firme Novartis. L’AP-HP ne peut savoir s’il se met au service des patients ou au service du marketing des firmes. Ce soutien crédibilise aux yeux des citoyens et de la société l’initiative marketing de Novartis, il contribue à améliorer l’image de la firme et par là à augmenter son pouvoir d’influence auprès des professionnels de santé.
Manifestement l’Espace Ethique de l’AP-HP, comme le Département d’éthique de l’université Paris-Sud 11, ne prennent pas suffisamment en compte le concept de conflit d’intérêt dans leurs réflexions sur l’éthique médicale.
[1] voir le document : Baromètre 2006 Unilog Management & HEC Paris - "Efficacité marketing dans l’industrie pharmaceutique", page 4. On peut y lire un des objectifs marketing : " Renforcer la communication vers les patients :
[2] « La communication pharmaceutique grand public en France », étude publiée par Eurostaf en avril 2004.
[3] Programme de la Première journée universitaire de recherche en éthique : présentation du concept de proximologie par le directeur de communication de la firme Novartis.
[4] [Sponsorisation par la Fondation Novartis du "Premier atelier de réflexion éthique et cancer" et texte de conclusion de l’atelier par le Directeur de la communication de Novartis (p 94-95 de cet atelier).
[5] voir note 4
[6] On relève la présence de deux représentants de la firme Novartis dans la liste des enseignants du département de recherche en éthique de l’Université Paris-Sud 11, dont le Directeur de la communication de Novartis.
Monsieur, Votre propos relatif aux inféodations de l’Espace éthique/AP-HP à la proximologie et à la firme Novartis en particulier auraient gagné - d’un point de vue journalistique - à approfondir les multiples formes de collaborations développées à travers les années par ce laboratoire avec des partenaires institutionnels et associatifs qui ont ainsi installé la proximologie de manière incontournable et durable dans le contexte des pratiques soignantes. Il aurait été me semble-t-il utile à votre public de professionnels de disposer de quelques données factuelles relatives à la proximologie, à moins que vous vous rangiez parmi ceux qui considèrent, aujourd’hui encore, le proche hors du champ des soins. Mais également de renouveler votre approche de la notion de "conflits d’intérêt" dans le champ de la santé. Elle ne peut se satisfaire des simplifications convenues et mérite un véritable effort d’investigaton : il aurait pu rendre votre propos plus instructif. Les centaines de professionnels et membres d’associations qui participent aux formations et événements organisés par l’Espace éthique/AP-HP chaque année me semblent bien placés pour critiquer, si nécessaire était, ce que seraient nos risque de compromissions, voire de collusion. Il en va de même pour ceux qui ont contribué aux études scientifiques développées dans le cadre de la proximologie ou qui participent aux nombreux séminaires organisés dans ce domaine. Nous vous accueillerons avec plaisir (y compris à notre séminaire annuel consacré à la proximologie) le jour ou comme journaliste préoccupé de considérations éthiques, vous ne considèrerez pas comme négligeable de contrôler vos informations à la source. Cela ne pourrait que contribuer à la notoriété et à la crédibilité de vos positions et du site qui les héberge. Bon courage dans votre aventure journalistique et si besoin était je me tiens à votre disposition pour porter à votre connaissance de véritables et sérieuses questions à caractère éthique... Bien à vous. Emmanuel Hirsch Emmanuel HIRSCH Professeur des universités Directeur de l’Espace éthique Assistance publique-Hôpitaux de Paris, et du Département de recherche en éthique, Université Paris-Sud 11 Réseau de recherche en éthique médicale, INSERM
Espace éthique/AP-HP CHU Saint Louis - 75475 Paris Cedex 10 Tél. 01 44 84 17 57/33 1 44 84 17 57
www.espace-ethique.org
Oui, bien, merci Monsieur, vous êtes bien clair mais.... vous n’avez pas répondu aux interrogations du Dr Philippe Masquelier et de tous ceux qui, comme lui, sans à priori, cultivent un esprit critique certes désagréable mais assez sain finalement.
Dr Nicolas PROTHON
Monsieur et cher Confrère,
L’article 5 du code de déontologie énonce : "Le médecine ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit".
C’est clair, c’est simple, c’est éthique.
Un laboratoire pharmaceutique n’a rien à faire dans un espace éthique hospitalier.
Il ne s’agit pas de chasser les marchands du temple, mais de remettre les valeurs en perspectives. A ce train là, ce vieux poisson d’avril deviendra bientôt une réalité.
Monsieur,
L’éditorial que vous remettez en cause à pour premier objectif de montrer au grand jour que le développement des firmes pharmaceutiques répond à une logique marchande et qu’à cet effet tous les moyens sont bons y compris celui de s’emparer d’un concept important mais redondant connu depuis toujours par tout ceux qui pratiquent les soins primaires.
Clairement pour les firmes pharmaceutiques les associations et les patients sont bien naturellement les acteurs d’un marché. L’intérêt premier d’une firme pharmaceutique ne peut pas être le juste soin du patient.
Pour les professionnels de soins et les familles, les patients sont sujets de soins.
Nous regrettons que ceux qui sont en charge de la réflexion éthique en médecine se laissent instrumentaliser par les firmes.
Ces dernières trouvent là le soutien institutionnel idéal nécessaire à crédibiliser leurs engagements auprès des professionnels du soin, des patients et de leur famille et augmenter d’autant leur influence.
Votre intervention sur le forum nous confirme que ceux qui devraient être à la pointe de la réflexion et de la recherche dans le domaine mettent en avant des arguments d’autorité et considèrent que la question des conflits d’intérêt ne porte pas d’enjeu éthique ni « véritable » ni « sérieux ».
Il est donc plus que temps que sous la pression citoyenne la société toute entière s’empare de cette notion de conflit d’intérêt dans le domaine de la santé afin d’éviter que se reproduisent les malades et morts inutiles :
plusieurs milliers de décès occasionnés par la prescription intempestive du Vioxx°
le scandale du sang contaminé, celui de l’hormone de croissance
des tentatives de développer le dépistage de masse du cancer de la prostate
la poursuite de la promotion du traitement substitutif de la ménopause
la promotion tout azimut de la gabapentine
affaires en cours d’Avandia° et rosiglitazone
etc...
Philippe Masquelier médecin : ma déclaration d’intérêts
Cher Monsieur Hirsch,
Vous proposez de "renouveler votre approche de la notion de "conflits d’intérêt" dans le champ de la santé." Et vous ajoutez : "Elle ne peut se satisfaire des simplifications convenues et mérite un véritable effort d’investigation".
Mais cet effort d’investigation a été fait, et je vous suggère de lire attentivement le discours des conseillers marketing des laboratoires (le site du Formindep regorge d’exemples et de liens), et les documents de recherche ou de vulgarisation en psychologie sociale (par exemple le "Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens").
Ce n’est pas parce que vous ignorez comment vous êtes manipulé qu’il est éthique de continuer à l’être...
Bien confraternellement
Dr Jean Doubovetzky